La Suisse sous-exploite son potentiel dans la biomasse

La Suisse sous-exploite son potentiel dans la biomasse

La Suisse sous-exploite son potentiel dans la biomasse

La bioénergie n’est autre que l’utilisation à des fins énergétiques de la biomasse sous toutes ses formes (bois, cultures et résidus agricoles, boues d’épuration, algues, etc.). Utilisée pour se chauffer et cuisiner, la biomasse a été notre principale source d’énergie de l’aube de la civilisation à la révolution industrielle. Ce n’est qu’au cours du siècle dernier qu’elle a été supplantée par les énergies fossiles moins chères, plus maniables et de densité énergétique nettement plus élevée.

Une reine à restaurer

Aujourd’hui, la biomasse ne couvre plus que 10% de la demande énergétique mondiale. Elle reste néanmoins, et de très loin, la plus importante source d’énergie renouvelable et présente un potentiel énorme encore inexploité puisqu’elle pourrait couvrir, de manière durable, jusqu’à un tiers de notre consommation énergétique en 2030. Une part significative de ce potentiel proviendrait des déchets forestiers, des résidus agricoles et de la part biodégradable de nos ordures ménagères.

Outre une contribution accrue à la couverture de nos besoins énergétiques, la bioénergie peut également apporter un certain nombre d’avantages socio-économiques induits: réductions significatives des émissions de gaz à effet de serre, opportunités de développement économique et social dans les zones rurales, augmentation de la sécurité énergétique, amélioration de l’équilibre du commercial mondial des énergies et  possibilité de valoriser les divers déchets et résidus organiques de l’activité humaine, diminuant ainsi les problèmes de leur élimination.

Porté par l’introduction de politiques de soutien dans de nombreux pays, le secteur de la bioénergie a connu un regain d’intérêt considérable ces dernières années.  Alors que, par le passé, la biomasse était limitée aux ressources ligneuses, le paysage actuel de la bioénergie inclut pour ainsi dire tous les types de biomasse disponibles, des résidus de l’industrie alimentaire (huiles de friture usagées, suif) aux cultures énergétiques dédiées telles que la canne à sucre, le colza ou le miscanthus. De nouvelles technologies de conversion sont aussi développées (gazéification, pyrolyse, etc.) pour tenir compte de la nature physique et de la composition chimique très variée des matières premières disponibles, ainsi que du service énergétique demandé (chaleur, électricité, carburant). Alors que la biomasse a servi pendant des siècles exclusivement à la production de chaleur, son utilisation finale s’est diversifiée avec l’apparition sur le marché d’unités de production de bioélectricité (notamment issue de biogaz) et de biocarburants.

Le défi de la durabilité

Au contraire de l’énergie solaire, du vent ou encore de la géothermie, la biomasse est une source d’énergie renouvelable dont la durabilité n’est pas acquise par défaut, mais dépendra de la gestion qui en est faite (à l’instar par exemple de la pêche). La durabilité sociale et environnementale de la bioénergie est ainsi devenue un sujet brûlant tant au niveau des politiques que du public. Le scepticisme grandit quant au potentiel de réduction des gaz à effet de serre que les biocarburants peuvent réellement apporter, tout comme croissent des inquiétudes plus générales sur d’autres impacts environnementaux et sociaux, tels que la concurrence avec l’agriculture nourricière, l’impact sur la biodiversité, la pénurie d’eau et le changement d’utilisation des sols.

Certes, le développement de la bioénergie comporte des risques et nécessite un encadrement politique avisé. Mais si certaines critiques s’avèrent fondées dans des contextes régionaux spécifiques, des débats trop souvent mal-informés et des généralisations abusives ont contribué à maintenir la confusion sur le potentiel réel de la bioénergie à participer de manière durable à notre futur approvisionnement en énergie. Accusée entre autre de déforestation et de hausse des prix des matières premières nourricière, la bioénergie a souvent été condamnée un peu hâtivement, alors qu’il aurait fallu se tourner vers le déploiement abusif de l’agriculture nourricière, vers la spéculation financière sur les matières premières alimentaires ou encore vers la volatilité marquée du prix du pétrole pour trouver les principaux coupables des impacts environnementaux et sociaux observés.

Cela dit, l’expansion actuelle de la bioénergie comporte des risques. Si moins de 1% des surfaces agricoles mondiales sont aujourd’hui utilisées à des fins de cultures énergétiques, cette part de marché pourrait croître de manière significative dans les décennies à venir, entraînant avec elle des impacts potentiels indésirables.

Il est par conséquent devenu essentiel, afin de garantir un développement durable à l’industrie de la bioénergie, que les décideurs acquièrent rapidement une meilleure compréhension des enjeux de ce secteur. Les politiques doivent être en mesure de mettre en place les conditions cadres qui assurent une valorisation optimale de cette ressource énergétique inestimable qu’est la biomasse, tout en minimisant les risques liés à son exploitation. Ceci demandera une action concertée au niveau international car les impacts potentiels de la bioénergie (tel le changement indirect d’utilisation des sols) peuvent s’étendre largement au-delà des frontières de production de la biomasse.

Seul un tiers de la biomasse suisse est exploitée

La Suisse bénéficie d’un potentiel de biomasse exploitable durablement estimé à  environ 10% de ses besoins en énergie primaire. Aujourd’hui, seul un tiers de ce potentiel est effectivement exploité. Les sources de biomasse sont très diversifiées en Suisse. La catégorie «bois de forêts, haies et bosquets» représente la plus grosse part de ce potentiel (40%), suivi par les déchets biogènes (20%), les résidus agricoles (20%), et les résidus de bois (10%). Les plantes énergétiques dédiées ne représentent, quant à elles, qu’une part limitée estimée à 5%.

Actuellement, cette biomasse est principalement valorisée par la production thermique dans des chaufferies au bois ainsi que par la production électrique à partir des déchets biogènes dans les usines d’incinération des ordures et les stations d’épuration. Les installations de biogaz dans l’industrie et surtout dans l’agriculture ne fournissent actuellement qu’une contribution marginale à la production d’énergie, mais présente un potentiel de développement intéressant car cette ressource est encore largement sous-exploitée. La production de biocarburant liquide en Suisse est, et restera très vraisemblablement négligeable. Dans ce contexte, l’industrie de la bioénergie en Suisse occidentale s’avère relativement modeste, que ce soit en termes de développement technologique ou d’infrastructure de production.

Côté infrastructure, hormis quelques rares producteurs locaux de pellets ou de biodiesel comme Eco Energie Etoy, une dizaine d’installations de biogaz dans le milieu agricole et quelques chaufferies communales au bois, il n’y a guère que l’usine d’Enerbois à Rueyres qui puisse réellement être considérée comme projet phare dans la région. Il faut dire que la biomasse économiquement exploitable et facilement mobilisable est une denrée qui se raréfie, ce qui s’avère peu compatible avec les économies d’échelle importantes dont bénéficient les projets d’infrastructure. Capital élevé, risque élevé et rentabilité souvent peu attractive suffisent largement à rebuter l’investisseur. Du côté de l’innovation technologique, si l’on exclut DuPont et son activité de développement dans le biobuthanol (biocarburant de nouvelle génération), l’écosystème romand est plutôt maigre tout en étant très hétéroclite, avec des start-up plutôt discrètes dans des domaines aussi variés que le biogaz (Digesto), le biodiesel (BioCarb et MT Biodiesel) et le prétraitement de la biomasse par torréfaction (Atmosclear) pyrolyse (Gneltech) et pelletisation (EnerGo).

L’amont de la chaîne de valeur est plus dynamique, avec des compétences en particulier dans la gestion des déchets ménagers et industriels (avec des sociétés comme SID ou Serbeco, quoique leurs activités ne se limitent pas à la fraction organique), le traitement des eaux usées (avec des sociétés comme Belair Biotech), ainsi que dans la valorisation non-énergétique tel que les bio-matériaux (BioApply et Gramitech).

Ces savoir-faire forment un cluster de compétences auquel s’ajoutent des bureaux d’ingénieurs spécialisés (Planair, EREP, Praxis Energia, E4tech) et des activités de recherche. En en synergie cet écosystème ae, la Suisse occidentale peut construire une industrie susceptible d’exploiter l’expansion des marchés de la biomasse localement et surtout à l’export.

 

Enerbois A Rueyres, Romande Energie valorise les déchets de bois de la scierie Zhand sous forme de pellets, d’électricité et de chaleur

 

3 questions à Bernard Girod président de Serbeco

Comment Serbeco se positionne sur le marché de la valorisation des déchets ?Serbeco est installée depuis 1991 sur la zone industrielle de Satigny-Bois-de-Bay. Chaque année, ce sont plus de 80 000 tonnes de déchets qui sont collectés sur toute la région genevoise et triés sur le site. Les matières premières secondaires tels que PET, cartons, métaux, sont ensuite valorisés.Que faites vous dans la biomasse ?En 2008, nous avons créé la société ED Développement durable qui  déploie des installations de chauffage collectif par biomasse, essentiellement des pellets de bois issus de grumes. Notre projet, à présent, est de valoriser les déchets issus de la biomasse. Comment cela ?Tous les vendredis nous expédions 30 wagons de bois usagés vers l’Italie. Nous avons décidé de le valoriser sur place. En collaboration avec les SIG, nous allons construire une centrale d’incinération de ce bois usagé couplée à un système de méthanisation des déchets verts. L’étude d’impact a été réalisée.  Nous sommes sur le point de déposer les demandes d’autorisations pour construire et exploiter une installation qui fournira  20GWh d’électricité pour 10’000 ménages, soit  1% de la consommation genevoise, de la chaleur pour  20’000 ménages (3% de la consommation) et du biogaz pour 1500 voitures (0,5 % de la consommation). (FD)

 

Deutsche zusammenfassung

Die Schweiz schöpft ihr Biomassepotential nicht aus

Die Schweiz besitzt ein Biomassepotential, mit sie rund 10 Prozent ihres Bedarfs an Primärenergie nachhaltig decken könnte. Aber nur ein Drittel davon wird tatsächlich genutzt. Dabei könnte dessen Nutzung zahlreiche ökologische, soziale und wirtschaftliche Vorteile  mit sich bringen.

Bezüglich der Infrastruktur gilt in der Romandie, abgesehen von einigen lokalen Firmen, lediglich das Unternehmen Enerbois in Rueyres (VD) als wegweisendes Projekt. Was die Innovationen anbelangt, so ist die Branche in der Westschweiz mit Start-Ups mit Biogas, Biodiesel und Vorbehandlungen der Biomasse recht zersplittert. Mehr Dynamik gibt es derzeit bei der Wiederverwertung von Abfällen etwa durch Unternehmen wie die SID AG und Serbeco, bei der Abwasserbehandlung (Belair Biotech) und bei der nichtenergetischen Nutzung von Biomaterialien (BioApply).

 

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